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La bauma dals jalats Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Bruno Guy pense que "La Préhistoire est un patrimoine qui appartient à tout le monde". Nous le remercions de partager avec le plus grand nombre, un texte paru dans "Le Petit Journal" publié par l'Association des Résidents du quartier des Maisons Moulées qui en a eu la primeur.

Une cueillette exceptionnelle

"Ce n’est pas l’Aven d’Orgnac ton trou !" plaisante gentiment mon complice depuis de très nombreuses années, Frédéric Charrier. C’est vrai que le mini effondrement bouché que j’ai trouvé la veille entre Fons et Méjannes le Clap n’est pas très prometteur. Qu’importe, les deux vieux briscards que nous sommes devenus savent qu’il ne faut négliger aucun indice et qu’il faut sonder plusieurs orifices pour trouver un réseau intéressant.

M’ayant téléphoné, le grand Fred (presque deux mètres) était prévenu le soir même de la modeste trouvaille :
"- Bruno, je suis libre demain. As-tu un travail à me faire faire ?
- Oui mais on en aura peut-être que pour un quart d’heure, si ce n’est pas intéressant, nous irons ailleurs."
Le grand Fred, me traitant d’esclavagiste entame la désobstruction facile il est vrai. Peu après, il me tend un morceau noirâtre mais caractéristique : c’est bien un tesson préhistorique. Le trou s’agrandit mais reste étroit. Je prends la place du forçat. Un peu de terre s’éboule. Tiens du noir ! Un vide se creuse, une pente prometteuse se dessine.
"Fred, il y a une petite suite !"
 La terre s’enlève, la place se fait. Je peux descendre et là, accroupi sous un plafond un peu inquiétant car constitué d’un calcaire en plaque sensible au gel qui se délite facilement, un couloir apparaît. Ma pile frontale éclaire sur plusieurs mètres avant de buter sur la roche ; toutefois sur la gauche, cela pourrait bien continuer. Je suis ravi et commente ce que je vois au grand Fred.
Très rapidement, le centre d’intérêt change : la Spéléologie (découverte et étude de cavités) devient de l’Archéologie. En effet, à mes pieds, jonchant un éboulis calcaire, de nombreux ossements jaunis apparaissent. Des crânes ont roulés, des os longs, des mâchoires encombrent littéralement le sol. L’origine humaine de ceux-ci ne fait aucun doute. Mon émotion est grande. Je ne sais où déposer les pieds pour descendre l’éboulis et entamer la visite. La galerie est confortable. Je me relève très rapidement soucieux de ne rien écraser. Les pierres couvrent le sol, il n’y a plus de pente. Comme entrevue, la galerie tourne à gauche, devient moins large, les proportions sont remarquablement harmonieuses. Je suis dans un canyon souterrain parfaitement calibré par le passage d’un antique cours d’eau qui a foré son passage. Une lucarne basse me sollicite ; je m’engage en rampant sous un plancher stalagmitique. Le ruisseau a déposé d’épaisses couches calcaires pendant des millénaires. Là également, les ossements humains sont nombreux ainsi que des tessons de poteries. La petite galerie basse s’achève sur un mur de concrétions. Il y a forcément une suite derrière le "bouchon" de calcite très important. La grotte est-elle finie ?
 Entendant les appels de Fred, qui n’avait pas de nouvelles depuis des minutes bien longues pour lui, je retourne en arrière et me hâte de le renseigner. Victime de sa taille hors norme (en France) Fred ne rentrera pas dans ce réseau où il a travaillé.
De retour à Salindres, je téléphone à un ami qui a eu un rôle très important dans l’exploration de notre plus belle découverte : l’Aven de l’Arquet, connu des spécialistes du monde entier et en cours d’étude. Libre en semaine, l’ami ardéchois Alain vient visiter la nouvelle grotte. Nous repérerons encore des ossements et des crânes que je n’avais pas vu. Alain grimpe sur le plancher stalagmitique que j’avais exploré par en dessous. Il entrevoit une suite évidente invisible du bas. La grotte n’est donc pas finie, le bouchon sur lequel j’ai butté n’existe que dans les parties basses du canyon. Nous progressons aisément sur des dizaines de mètres. Un seul court passage nous force à ramper sur un curieux amas de pierre situé sous de fragiles concrétions qui tombent du plafond. Après une descente sur des rochers entassés, nous arrivons dans la partie la plus ample du réseau. Celle-ci franchie, une forte pente nous ramène près de la surface, bénis par une concrétion qui comme dans beaucoup de grottes rappelle la statue de la Sainte Vierge. Des racines, des coulées de terreau marron trahissent la proximité de l’air libre. Un nouveau passage bas et boueux marque le terminus temporaire de l’exploration. Nous ne voulons pas souiller inutilement les sols vierges de toute trace depuis des millénaires. Nous sommes à une centaine de mètres de l’entrée. Quel bonheur !
Je téléphone à la Direction Régionale des Affaires Culturelles pour signaler la découverte.
Un ami Alexandre G. était au courant. M’ayant aidé dans d’autres cavernes il m’accompagnera dans celle-ci se révélant un excellent chasseur de têtes. Je le soupçonne d’avoir été indien Jivaros dans une vie antérieure. Il débusquera plusieurs boîtes crâniennes sous un encorbellement rocheux, un magnifique crâne calcité sur notre passage que nous aurions très bien pu écraser. Tiens, il y en a encore un à côté, quelle richesse !
Place aux professionnels : Philippe Galant, responsable de terrain pour le Languedoc Roussillon à qui j’ai eu affaire lors de découvertes précédentes arrive quelques jours après. Il est secondé par un collègue caussenard avec qui j’ai fait des explorations remarquables. Il visite avec beaucoup d’intérêt la cavité, allant au terminus près de la surface amont. Il y avait un là ancien porche confortable comblé par un nouvel éboulis. Celui-ci est riche de tessons d’une civilisation préhistorique encore plus ancienne que celle qui a enterré ses morts dans la première partie.
 Pendant plusieurs jours, nous ferons le plan de la grotte, repérerons les objets visibles mais ne toucherons à rien. Mélanie C. qui s’occupe du Préhistorama, diplômée en Archéologie, se fera un plaisir de faire des travaux pratiques toute une journée. La décision est prise de protéger la grotte en vue d’une étude pluridisciplinaire qu’elle mérite et non de faire une fouille hâtive de sauvetage. Le tas de pierre qui nous avait fait légèrement obstacle au milieu du canyon se révèlera comme étant un ancien mur compartimentant la grotte en deux, séparant deux civilisations : bronze moyen à l’entrée (1500 à 1200 av J.-C.) et Fontbouisse pour la partie terminale (2200 à 1800 av. J.-C.). Près du mur démoli, des tracés digitaux sont visibles sur les parois finement recouvertes de calcite poreuse.
Notons encore qu’un escalier préhistorique aidait à la circulation dans la partie la plus vaste de la grotte.
Nous savons que la grotte n’a livré qu’un peu de ses secrets, l’ample éboulis d’accès recélant sans nul doute de très nombreux restes bougés par le passage des animaux.
Géologiquement, la grotte est belle, magnifiquement calibrée par un cours souterrain dont nous ne connaissons qu’un modeste tronçon. Sous l’entrée, simple effondrement du plafond ; une suite du réseau est certaine après désobstruction. L’intérêt préhistorique et spéléologique est évident.
Au fait, j’ai trouvé cette grotte en cherchant des champignons dans un lieu très couru par les amateurs salindrois. Je n’en ai pas trouvé un mais j’estime que ma récolte a été merveilleuse. N’importe comment, mon cousin Guy B. me régale très régulièrement avec ce trésor des garrigues qu’est le gelet.
Vous étonnerez-vous si la grotte sécurisée, invisible aujourd’hui porte le nom de ce champignon qui m’a porté bonheur : bauma dals jalats (grotte des gelets) ?
N.B. : La bauma dals jalats a une atmosphère riche en gaz carbonique qui révèle vite sa présence sans atteindre toutefois des taux dangereux. Petit mystère : les araignées cavernicoles abondantes dans notre région sont ici curieusement absentes.

Bruno Guy
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Bruno Guy est président de l’association "Les Amis du Préhistorama".
Cliquez sur l'image ci-contre pour atteindre le site du Préhistorama.

Le Préhistorama, Musée de l'évolution de l'homme
La Croix de Fauvie, 30340 ROUSSON - Tél 04 66 85 86 96,
Fax 04 66 85 86 93, Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
 
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