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Salindres, il y a 100 ans Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Le 16 juin 2004, Florence Bérard de Malavas donnait une conférence débat ayant pour thème "Salindres, il y a cent ans". Aujourd'hui, elle partage avec tous les visiteurs du site "Salindres bien aimé" le texte qu'elle avait préparé en vue de cette rencontre qui s'est déroulée à Becmil. Celles et ceux qui souhaitent imprimer ce document trouverons un lien au format PDF à la fin de cet article.

Florence Bérard de Malavas précisait en préambule qu'elle intervenait dans le cadre de la commission extra municipale "Histoire de Salindres", créée par M. Le Maire de Salindres, en octobre 2002. Sans être une historienne, elle était interessée par cette discipline.

L'histoire de chaque ville est unique, singulière, et dans ce cadre collectif s'inscrivent des destins individuels ... Ceux de nos ancêtres. Aussi, je me posais la question : peut-on, au travers des séances des conseils municipaux (source d'informations), retrouver l'image d'une ville et par ce biais, connaître les conditions de vie de nos ancêtres ? Peut-on effectuer une sorte d'arrêt sur image dans le déroulement historique que narrent les conseils municipaux ? La réponse est positive, d'où le thème de cette rencontre débat.

Cette étude a porté sur trois registres de conseils municipaux de 1883 à 1911. Ces derniers démontrent l'originalité de la Cité salindroise car il y a 100 ans, Salindres était une ville en mutation, un mélange de ruralité et de modernité, une époque charnière. Aussi, j'aborderais le sujet en deux parties : 1 - La Ville, le cadre urbain, il y a 100 ans, 2 - Les Salindrois et le mode de vie à cette époque.

Mais avant de développer ces points, vous me permettrez de citer les membres du conseil municipal de 1900 et 1904

CONSEIL MUNICIPAL - année 1900
PECHINEY Alfred – Maire
FABRE Augustin – 1er adjoint
TRIAL Louis – 2ième adjoint
SABATIER Prosper
BOYÉ Louis
DUCROS Alexandre
NICOLAS Joseph
CONSTANT François
BONNEFOI Pierre
SAUVAGNARGUES André
DAYRE Félix


PUECH Emile
CROUZET Jules
DANIEL Jules André
EVESQUE Emile
GUILLEMET Marius
BRIAC Joseph
GONTIER Etienne
CARLE Henri

BOUZIGE Alphonse
DOMERGUE Henri-
-

 

La même équipe est reconduite en 1904, à une exception : Adrien BADIN entre au conseil municipal (en remplacement de M. Augustin FABRE qui ne se représentait pas). Mr Alfred PECHINEY premier magistrat depuis 1883 est réélu Maire (20 voix sur 21) mais il se désiste (ses obligations professionnelles l'éloignant de la ville). Mr Adrien BADIN est, alors, élu Maire de Salindres (de 1904 à 1917).

 

TITRE 1 - LA PHYSIONOMIE DE SALINDRES, LE CADRE URBAIN

A/ Conception et réalisation d'une ville
La physionomie de Salindres est fixée (délibération du 22 décembre 1887) dans un acte fondateur qui constitue un véritable plan d'urbanisation dont la réalisation s'effectue sur trois ans : 1887, 1888 et 1889.

1) Plan d'alignement de la ville qui se décline en plusieurs projets d'urbanisme
a. Création d'une infrastructure urbaine :
Elargissement des voies :
- Rue Henri Merle
- Rue de la Marne
(largeur fixée à 8 m au lieu de 3 m pour ces 2 rues)
- Rue de Cambis
- Avenue de l'Usine
- Rue du Lavoir
- Rue de Cauvas
(largeur fixée à 7 m au lieu de 3 m pour ces 4 voies)
Création de 2 voies nouvelles :
- Rue Centrale
- Rue St André
(chacune d'une largeur de 7 m pour relier les quartiers)

2) Aménagement du bourg :

a. Création d'une place - la place Balard :
Création d'une place au quartier dit des casernes en 1887, la place est nommée place Balard en séance du CM du 28/09/1888). La délibération portant création de la place Balard précise comme justificatifs : répondre à un but d'hygiène, de salubrité mais aussi créer "un lieu festif pour les nombreuses familles d'ouvriers".

b. Agrandissement de la place de l'Eglise :
La raison avancée pour cet aménagement est : "le véritable quartier mal sain, et éprouvé par l'épidémie cholérique, c'est celui compris entre la rue de l'Eglise et de Cambis".

c. Agrandissement de la place du marché :
La place du marché est alors la place de la fontaine. Motifs exposés par le CM pour l'agrandissement de cet espace : en raison de l'affluence les jours de foire, la place est trop étroite pour recevoir marchands et forains.
La place est baptisée place Alfred Péchiney le 4/08/1900 (ensuite elle est appelée place de la République après 1945). A noter que ce projet a été l'objet d'un contentieux entre la municipalité et les sieurs André et consorts (Ces derniers souhaitent un plus grand agrandissement). Le conseil municipal répond aux intéressés que ce quartier fût le moins éprouvé par l'épidémie cholérique (qui sévit en 1884 à Salindres).
Puis le Conseil développe un argument économique et financier lié au coût global du projet qui s'élève à 62 000 Fr (par comparaison le salaire journalier est de 3 F).
Compte tenu de ce coût le projet est effectivement une véritable opération d'urbanisme structurante voire un plan d'ensemble urbain financé de manière extrêmement moderne : (par remboursement par anticipation de la dette existante et souscription d'un nouvel emprunt soit une technique de réaménagement de la dette qui confirme une technique d'expert comptable contemporain) d'ailleurs dans la délibération consacrée au financement du projet, le Maire établit un bilan financier de l'ancienne et nouvelle dette de la commune.

3) Création de ponts :
a. Au Quartier du Saut du Loup (séance du CM du 19/12/1887)
- Ce pont a pour objet de relier Rousson à Salindres compte tenu de la fréquentation sur un passage régulièrement inondé.
- Par ailleurs le conseil ajoute à ses considérations le caractère d'intérêt général de l'ouvrage qui desservira plusieurs localités. J'en déduis qu'il existait déjà un attrait de Salindres auprès des autres localités et que le conseil municipal de Salindres a favorisé l'essor de la ville par la création de cette infrastructure.
b. Au Valat D'Arias :
Mêmes volontés de désenclavement de la ville pour relier la cité salindroise à Saint-Privat. Ce pont est construit sur le ruisseau d'Arias (décision du 12/11/1887).

B/ Mise en place et développement des services publics modernes
Vers 1900, les services publics (au sens contemporain de l'expression) sont mis en place. Et cette organisation favorise le développement de critère urbain à Salindres :

1 - Eclairage public
Par une décision du 25 Mai 1899 le conseil municipal décide de doter la ville d'un éclairage public et qualifie cette opération d'importante amélioration :
Toutefois le projet se réalise selon les étapes suivantes :
- C'est d'abord un éclairage au gaz acétylène : et il est prévu l'acquisition de l'appareil producteur de gaz et 27 becs de gaz.
- Puis par une décision de 1901 le Conseil précise que le gaz acétylène est un monopole ce qui implique une modification du projet il s'agit désormais d'acquérir le gaz et non plus de le produire. Et enfin en Octobre 1911 le Conseil décide un changement du mode d'éc1airage leur choix se porte sur l'électricité pour éclairer la ville. Le Conseil vote aussi l'extension de la zone d'éclairage. Et il institue les modalités d'éclairage. Pour ce acquisition de 49 lampes, 28 lampes de 16 bougies, allumées dès la chute du jour à 11h30, et de 4h du matin jusqu'au jour.
- Plus tard (vers 1911) le Conseil accepte de prendre en charge l'éclairage de l'avenue de la gare (la société P.L.M. (Paris, Lyon, Méditerranées) propriétaire de l'avenue n'avait placée que 3 belvédères avec 3 lanternes à pétrole sur 400 m. (Voilà comment les citadins bénéficiaient de ce service !)
Le Salindres contemporain se dessine et se forme mais il demeure différent de celui d'aujourd'hui.

2 - L'Ecole Publique (création par délibération du 30/07/1903)
La question scolaire et la grande question de la IIIème République. (3)
A Salindres la création de l'école est précédée cependant par le débat sur la laïcisation des écoles.
- Ecole des garçons, laïcisée par le Préfet le 24/09/1887 - Ecole des filles, laïcisée en 1892 : ne compte que 6 élèves
Le débat sur la laïcisation à Salindres : En 1887, sur 19 élèves présentés, 19 ont obtenu le certificat (loi du 30/10/1886 : enseignement confié à des personnes publiques)
Tradition d'excellence, perpétuée de nos jours (collège : les meilleurs résultats du département).
Ecole des Mages, 65 à 70 élèves Salindres 7 ...
- Un cours pour adultes, dispensé par l'instituteur public M. MARTIN
En 1900 le conseil municipal vote un crédit spécial qui permet aux adultes de bénéficier d'une instruction. Modernité de cette idée d'une formation pour adultes.

3 - Le service de la poste (un service municipal) :
Selon les étapes suivantes :
- En 1880 : Un bureau télégraphe est concédé à la commune.
- En septembre 1894 : Etablissement d'une boîte à lettre pour les habitants de la partie basse de la ville, qui sera placée à l'angle de la rue Henri Merle et de la fontaine. (Boîte aux lettres supprimée par la poste récemment). Le Conseil vote un crédit de 60 francs pour l'acquisition de la boîte et alloue 50 francs d'indemnités au facteur chargé de procéder au relevé du courrier. La levée s'effectuera à 17 heures au plus tard.
- En Mai 1905 : La poste est transférée au centre de l'agglomération suite à une pétition des salindrois (comprenant 522 signatures). On peut noter aussi la modernité de la procédure utilisée : avant la lettre consultation de la population et donc principe de ce que on appelle aujourd'hui la démocratie de proximité.

4 - La mise en place du service lié à l'hygiène et l'assainissement :
- Service des ordures ménagères : institué par CM du 28/091888. Déchets ménagers, ordures ménagères, végétaux, matériaux de démolition. Les tournées s'effectuent de 10h à 12h les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine.
- La construction d'un réseau d'assainissement : (CM 25/03/1899 : la délibération emploie le terme d'égout)
Rue Henri Merle - route de Servas
Renforcement des réseaux d'assainissement et collectes d'eaux pluviales et création des deuxégouts, rue Henri Merle

5 - Les services de police :
En 1904, par décret ministériel, il est créé la brigade par transformation du poste de gendarmerie, (le local est situé rue Henri Merle loué par la commune). Cette création intervient après demande du conseil municipal dès 1898.

6 - Le service des obsèques (loi de 1905) :
Salindres avait déjà mis le service en place. Le conseil délibère rapidement sur la question.

7 - Une politique d'aménagement urbain :
Plantation d'arbres place de la fontaine en 1895 (et au cimetière). Les arbres sont donc centenaires.
En 1900 : une première esquisse de la ville. Mais ce choix des élus répond aux attentes de la population salindroise.

 

TITRE 2 - LES SALINDROIS ET LEUR MODE DE VIE, IL Y A CENT ANS

A - Le paradoxe : un mode de vie de type urbain et rural
Cette partie est plus délicate à traiter car la société salindroise est un mélange de mode de vie de type rural et d'un monde industriel, ce qui est paradoxal.
- 2 délibérations l'attestent :
- En 1901 : En urgence, le conseil municipal répare le four communal près de Cauvas (donc il était en service pour les habitants).
- En 1904 : Un entrepreneur de Rousson livre le charbon aux Salindrois avec un cheval et une charrette.
- Et l'étude de la Population salindroise le confirme :
Les résultats issus du recensement ne sont pas indiqués. Les informations concernant le dénombrement de la population sont disséminées dans diverses délibérations.
- Conseil municipal du 28/09/1888 : La population est de 2 000 habitants dont 1200 agglomérés.
- En 1892 - 1893 : des statistiques particulières :
- Population ouvrière : Mines, forges et fabrique de produits chimiques - usine de Salindres emploie plus de 800 ouvriers dont 150 de nationalité étrangère.
- Population étrangère à Salindres : 400 personnes
Ouvriers Italiens à Salindres où ils exerçaient des travaux spéciaux réclamant une surveillance spéciale : délibération énigmatique. La communauté Italienne est donc présente à Salindres dès 1892 et constitue une force (par rapport au dénombrement de la population établie en 1888, soit le 1/5ième de la population).
- Population qui emprunte le chemin de fer citée en 1893
400 personnes. Le conseil municipal demande un agrandissement de la salle d'attente de la gare qui a une surface de 20 m2.
- En 1911 : la population, 2848 personnes
Dont 3 bouchers et charcutiers (et 2113 bestiaux tués).
Remarque :
Entre 1888 et 1911, la population est en forte croissance mais il est difficile de qualifier le mode de vie au travers de ces statistiques.

B - Les tendances générales
Trois lignes directrices se dégagent :
- un monde agricole prééminent mais un secteur économique en déclin
- une montée de la question sociale
- l'arrivée de la modernité

I - Prééminence du monde agricole et cependant secteur en difficulté
Statistiquement, le nombre de délibérations portant sur le monde rural est le plus important : ces dernières portent sur les foires (créations, modifications) ; car des foires sont organisées annuellement dans chaque ville et le conseil municipal de Salindres est appelé à se prononcer sur leur tenue (il est toujours favorable).
Les foires des communes environnantes
1885 : Barjac, le 10 mai de chaque année.
Marché d’Anduze, le mercredi de chaque semaine, change le mardi
1887 : Rousson, le 10 septembre de chaque année.
Salindres, le 4ième mercredi de septembre
1894 : Changement de la foire des Mages, lundi en juillet Bessèges
1895 : Foire de Mons, dernier samedi de septembre
1898 : Chamborigaud le 20 juillet

Les foires à Salindres
CM du 24 juin 1888 précise les foires existantes : Le 1er mercredi d’avril et le dernier mercredi de septembre. Et il est décidé l'institution de deux nouvelles foires (à la demande des agriculteurs) : Le dernier mercredi de décembre, elle sera réservée à la vente d'animaux en gros des grains et des pommes de terre. Et le quatrième mercredi de juin, la foire sera organisée pour l'acquisition d'animaux destinés a être engraissés.
Création d'un champ de foire en 1889 : La commune loue un terrain (4000 m2) situé en aval du chemin de Salindres à Alès, sur la rive droite de l'Avène pour recevoir les animaux mis en vente. En séance du 23/09/1890 : Le conseil municipal décide d'attribuer une somme de 50 francs en prime aux marchands ayant mis en vente le plus beau lot de bœufs, moutons, porcs et chèvres pour la foire du 31 décembre.

Le marché à Salindres
Séance du 28 septembre 1888 porte décision de tarification des droits de places au champ de foire et sur les voies publiques. Cette délibération nous informe sur la nature des produits à la vente et des modalités du commerce en 1900. (Il n'apparaît pas d'autre décision de tarification sur la période étudiée)
- 0.20 F par m2 utilisés
- 0.25 F pour les voitures et charrettes : marchandises, denrées, légumes
- 0.20 F par baraque, échoppe ou voiture - vente de remèdes, droguerie, et produits analogues
- 0.10 F par tête de bétail, 0.05 F mouton
- 0.10 F pour vendeur avec des paniers
En conclusion de l'importance de ce monde agricole, on peut affirmer que nos ancêtres voyageaient (en charrette) et que les échanges commerciaux s'effectuaient sur les marchés. Mais en même temps plusieurs délibérations font état des difficultés d'ordre structurel qui affectent le monde agricole

1 - Délibération du Conseil Municipal du 20/02/1888
Cette délibération précise :
- Le traité de commerce place la viticulture dans une situation critique.
- Le Conseil Municipal souhaite l'éga1ité dans l'application des tarifs douaniers.
- Les vins étrangers sont frappés de droit d'entrée "illusoire" représentant le tiers environ de ce que règlent les vins Français pour l'étranger.
- Degré légal du vin, abaissé à 10 degrés (législation sur le vinaigre).
- On affirme déjà des difficultés pour 1'exportation de la production vinicole française.

2 - Délibération du 1er Mai 1890 : réglementation des raisins secs
Délibération citée in extenso, compte tenu de la force des expressions utilisées et notamment dans ce premier considérant l'état précaire de l'agriculture et l'avilissement des produits du sol (au vu de ce texte, on peut noter une analyse géopolitique de la situation concernant le secteur agricole).

3 - Délibération du 29/09/1891 : droit sur les vers à soie et cocons étrangers :
L'élevage des vers à soie et la filature des cocons sont l'industrie principale depuis plus d'un siècle de la région des Cévennes et de douze départements Français (ce qui renseigne sur la nature agricole de notre région). Mais le conseil municipal de Salindres proteste contre l'exemption des droits d'entrées des soies étrangères en vue de protéger la production nationale (menacée par cette disposition). Ce secteur est donc lui aussi menacé. La délibération porte pour motif "pour sauvegarder la serriculture et l'ensemble des industries de la soie".

4 - Diverses délibérations font par ailleurs état des difficultés du secteur agricole issues des conditions climatiques de notre région :
En 1891 : orage des sept, douze et dix sept octobre (demande de secours pour la population est sollicité auprès de l'Etat)
En 1897 : inondation torrentielle dans l'après-midi du 30 septembre avec une lame d'eau
En 1898 : gelée du 26 et 27 mars 1898 - la production est réduite de moitié (serriculture) (sollicite des secours en faveur de la population)
1904 : terrible orage de grêle détruisant la quasi-totalité des récoltes - perte de 2 700 hectolitres de vins
Délibération de 1907 : "Le midi souffre d'une crise économique intense qui résulte de la monoculture imposée par l'extrême sècheresse" et le conseil municipal souhaite que soit mis à l'étude des canaux d'irrigation.

II - La montée de la question sociale
Sans doute l'effet de la 3ième République. Elle vote les grands textes de loi (1). Mais aussi en raison des développements précédents qui signalent la pauvreté du monde agricole. A cette situation, il convient d'ajouter aussi la faiblesse des revenus du monde salarial. En effet, le salaire horaire et de 3 francs de 1883 à 1905.

- La loi du 15/07/1893 institue l'Assistance Médicale Gratuite : AMG
AMG à Salindres : 1895 : 19 personnes - 1896 : 21 personnes - 1897 : 15 personnes - 1898 : 19 personnes - 1899 : 19 personnes - 1900 : 14 personnes - 1901 : 16 persormes - 1903 : 30 persormes - 1904 : 34 personnes - 1905 : 23 personnes.

- La loi du 14/07/1905 institue l'Assistance pour les personnes âgées, les infirmes, les incurables privés de reconnaissance.
La dépense devient obligatoire pour les communes à partir du 1/07/1907. Mais en 1905, le Conseil Municipal de Salindres fixe le taux de l'allocation à 15 francs (en 1908, le montant de l'allocation est portée à 20 francs dont 3 francs concernent la dette alimentaire).
En 1907, en délibération adoptée en comité secret, le conseil admet 7 salindrois à bénéficier de l'allocation. Il l'accorde aussi à un résident extérieur (ancien ouvrier de l'usine à la retraite) et fixe son allocation à 10 francs.

- Loi pour les familles de militaires (période d'instruction militaire 13/06/1888 et 28/06/1905)
Chaque année à compter de 1888, le conseil municipal accordait des exemptions de la période militaire (Il m'est apparu important de noter la catégorie socioprofessionnelle des personnes exemptées pour établir une cartographie des populations concernées).
En 1902 : 5 personnes exemptées dont 5 ouvriers
En 1903 : 10 personnes dont 7 ouvriers, 1 agriculteur, 1 coiffeur (salaire journalier 3 fr 50), 1 boulanger.
Raison principale de la dispense de la période d'instruction militaire de 13 jours : les ouvriers n'ont que leur salaire journalier de 3 francs (ils sont bien souvent soutien de famille - père, mère, leur beau père et belle mère et la composition familiale et de trois enfants minimum).
En 1905, une loi est votée en faveur des familles des appelés. Il leur est versé une allocation de 0.75 centimes.
Loi du 13 juillet 1906 sur le repos hebdomadaire des coiffeurs : le conseil municipal du 22/10/1906 adopte à l'unanimité une journée de 24 heures de repos fixée le lundi à la demande des intéressés.
On est donc bien en présence d'un social en devenir (développement de la catégorie ouvrière, institution de secteur de service – coiffeurs - et prise en charge collective de situation individuelle donc concrétisation de l'idée d'une solidarité nationale).

III - L'arrivée de la modernité
- Les déplacements sont une préoccupation essentielle des conseillers municipaux, à l'origine de la création des ponts, de l'organisation de la ville de Salindres (élargissement des voies etc.). Mais cet impératif est particulièrement mis en évidence dans une délibération ayant pour objet d'analyser les horaires mis en place par la société de chemin de fer (dite PLM soit Paris, Lyon, Méditerranée).
- Le train, souci permanent des élus salindrois. Les relations de la municipalité avec la PLM demeurent très courtoises mais le conseil municipal de Salindres est quelque peu critique (et des améliorations sont souvent réclamées et notamment en 1891 par le conseil municipal). Ce dernier sollicite l'ajout d'une voiture de voyageur à un train de marchandises et partant d'Alès à 23 h 30 et à destination de Bessèges. Par ailleurs, il demande de retarder d'une heure le départ de ce train jusqu'à l'arrivée de l'express 922 (qui arrive de Nîmes) afin de permettre aux salindrois de rentrer chez eux. Autrement dit les salindrois partant de Nîmes par l'express n'avaient aucune correspondance à Alès pour Salindres.
Mais c'est la délibération du 16/08/1898 en laquelle le conseil municipal présente une analyse détaillée des nouveaux horaires qui nous signale les modalités de déplacements des salindrois.
Il existait deux lignes : Sur l'Ardèche et Tarascon, Le Martinet

Ligne Alès - Ardèche :
Sens Alès - Lyon
Il existait un départ du train à 6 h 40 du matin d'Alès, arrivée à 15 h 07 à Lyon, 16 h 50 à St Etienne correspondance à 12 h 43 pour Valence et Grenoble. Le nouveau train part à 6 h 44 (soit 4 minutes plus tard), arrive à 17 h 41 à St Etienne (soit 1 h de plus par rapport à l'ancien horaire) et n'a pas de correspondance. En outre il existait un deuxième itinéraire fixé de 13 h 33 qui est remplacé par un train partant à 13 h 06 qui lui aussi n'a plus de correspondance.
Sens Lyon - Alès
Le train de Lyon partant à 9 h 15 arrivait à Alès à 16 h. Celui partant à 11 h 15 arrivait à Alès à 19 h 40. Ces trains sont remplacés par 2 trains (le premier a pour horaire 10 h 52, le deuxième 11 h 39 et n'ont aucune correspondance à Alès et arrivent tous les deux à 20 h 30). Par ailleurs, deux trains de nuit partant de Lyon à 22 h 33 et 23 h 20 permettaient d'emprunter un train à Nîmes à 5 heures du matin conduisant à Alès à 6 h 26. Ils sont remplacés par un train partant de Lyon à 23 h 25 manque une correspondance de 25 minutes et n'arrive à Alès qu'à 9 h 30 du matin.
(J'ai transposé l'heure. Exemple : la délibération parle de 10 h 33 du soir et de 11 h 20 du soir).

Ligne Tarascon - Le Martinet
Le train partant de Salindres à 12 h 37, arrivait à Alès à 12 h 47, avait une correspondance pour l'express à destination de Nîmes. Alors que le nouvel horaire mis en place ne permet plus cette correspondance. A l'issue de cet exposé, il est conclu "il serait de la plus haute importance d'assurer des liaisons rapides entre les localités" et il est ajouté "toute la région située entre Vogué et Alès a été complètement sacrifiée". (On ne peut que souscrire à cette idée moderne de l'impact des transports dans le développement économique).

En conclusion
Pour ma part, outre l'idée, je relève aussi le vocabulaire extrêmement contemporain, certes "les liaisons" sont-elles mal amenées, critiquées, - une journée est nécessaire pour rejoindre Lyon, mais les termes comme le rapide l'express révèlent le début des temps modernes.
1900 est donc une époque charnière, des tendances se dessinent mais le plus grand apport de cette époque, à Salindres, est d'avoir forgé l'idée d'une cité.
Nos ancêtres ont fait passer Salindres de l'état de village au statut d'agglomération
Un héritage qu'il nous appartient de faire fructifier.

Florence Bérard de Malavas


Ce texte au format PDF, contient un dernier chapitre "Histoire, repères chronologiques".
Un grand merci à Corine qui en a réalisé la dactylographie et la mise en page.

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