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Lucien Jalabert Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 Lucien Jalabert est né le jeudi 24 novembre 1921 au quartier du Saut du Loup à Salindres. Il a suivi toute sa scolarité à l'école du Saut du Loup, puis une formation professionnelle d'ajusteur à l'Ecole Pratique (Alès) avant de venir travailler à l'usine (Cie Alais Froges et Camargue).

Comme tous les jeunes de son âge, il a été appelé aux "Chantiers de la jeunesse française" (CJF) qui étaient une sorte de substitut au service militaire supprimé par l'armistice du 22 juin 1940. Ainsi, tous les jeunes de la "zone libre" étaient appelés à l'âge de 20 ans pour faire une période de six à huit mois. Dans une ambiance militaire, ils vivaient en camp et accomplissaient des travaux d'intérêt général, notamment forestiers.

Alors que sa classe d'âge venait d'être libérée, le 16 février 1943, une loi de l'État français institue le Service Obligatoire du Travail (SOT), très vite rebaptisé Service du Travail Obligatoire (STO) en raison des moqueries suscitées par les initiales ... Il s'agit du seul exemple d'un gouvernement européen qui ait livré ses travailleurs à l'Allemagne. Jusqu'en juin 1944, on dénombrera un total de 650.000 départs au titre du STO. Mais beaucoup de jeunes Français désireux d'y échapper vont prendre le maquis et entrer dans la Résistance, parmi lesquels Lucien et son ami Francis.

Francis nous donne son témoignage :
"Avec Lucien, nous n'acceptions pas de partir au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. Quand nous sommes partis, nous n'étions pas "fiers" car nous ne savions pas où nous allions tomber.
Nous sommes allés chez Chante et Chabrier. Chante était marchand de produits agricoles à Saint Ambroix et Chabrier agriculteur à Rochegude. Il hébergeait déjà d'autres réfractaires au S.T.O. et disposait de peu de places. Il nous a amené dans un vieux moulin au bord de la Cèze. Nous y sommes restés cinq ou six jours, ils nous apportaient le ravitaillement. Chez Chante et Chabrier, des jeunes se sont regroupés, nous sommes étions une douzaine, peut être même plus.
Avec Lucien, nous sommes entrés en relation avec le commandant Rascalon de l'armée secrète. C'est Monsieur Ayala, dans un camion plein de légumes qui a transporté tous ces jeunes à Aire de Cote. Jean Castan était le chef de camp. Avec Lucien, nous sommes restés à Saint Jean du Gard et à Saumane. Nous avions pour mission de "récupérer" les tickets de rationnement dans les mairies pour le ravitaillement du Maquis. Nous travaillions pour le groupe du commandant Rascalon et le groupe d'Alès (le responsable "NAP FER Combat" était Berna) et faisions les trajets en vélo ou à pied. Nous étions cantonnés à Saumane chez le maire, Monsieur Borgne qui a été déporté le jour de l'attaque du maquis d'Aire de Cote.
Le jour de cette attaque, nous étions dans le pailler de Monsieur Borgne à Saumane. C'est à cet endroit que nous dormions dans la paille.
Nous n'avons pas été pris car nous avons eu le temps de nous sauver. Nous avons alors essayé de récupérer nos camarades après la bataille. Nous sommes venus jusqu'aux Fumades pour voir si nous pouvions faire quelque chose pour eux, mais c'était très difficile.
Comme nous étions "brulés" à Saumane, Rascalon nous a conseillé de nous mettre "au vert".
C'est ainsi que nous sommes allés à Saint Michel de Dèze. Nous étions avec Monsieur Houlette, préfet en disponibilité, qui nous avait confié la tâche d'agent de liaison. Cela a duré trois ou quatre mois. Nous étions logés chez Monsieur Monton à La Rivière (Saint Michel de Dèze). Le maire s'appelait Monsieur Gabriac.
Un jour, alors que je n'étais pas avec lui, Lucien est allé au bord de la rivière pour se baigner avec une amie. En revenant du bain, lorsqu'il traversait la route, une Citroën traction avant était arrêtée. Des hommes en sont descendus et l'on appréhendé. Cette scène m'a été rapportée par Monsieur Guy qui était à la maison en face, à une cinquantaine de mètres. Monsieur Guy qui avait compris qu'il s'agissait d'un "coup tordu", lui avait fait des signes, mais Lucien n'a pas dû comprendre."

Lucien a été emprisonné au Fort Vauban à Alès où il a subi de nombreux sévices. Le mercredi 31 mai 1944, il a été exécuté et jeté dans le puits de Célas par les nazis. Il a été relaté que Lucien a essayé de se sauver alors qu'il était au puits de Célas (fait rapporté par le fermier voisin qui retrouva une de ses chaussures).
Lucien n'avait pas encore 23 ans.

Merci Francis
Rousson, le mercredi 20 octobre 2010


J’ai été ému et touché par le texte de Francis. En effet, Lucien Jalabert est né (ou en tous les cas a vécu) au Saut du Loup, Maison Platon, maison où je suis moi-même né.
Je n’ai pas eu la chance de le connaître, étant né bien plus tard que la fin de la guerre.
Tout petit, j’ai vécu à côté de sa maman qui était pour mon frère et moi comme une seconde grand-mère. Malheureusement, Madame Jalabert ne s’épanchait pas trop sur son passé (et ces évènements) … peut-être que mon frère et moi étions trop jeunes à l’époque pour comprendre comment de telles atrocités ont pu être commises, et surtout, je crois que la douleur était restée trop vive pour pouvoir parler de l’action de son fils.
Je me souviens que sur le buffet de Madame Jalabert, il y avait deux photos : l'une représentant un jeune homme blond et l’autre un homme dégarni, portant des lunettes, vieilli … à priori, deux personnes différentes. En fait, il s’agissait bel et bien de la même personne : Lucien.
Il m’a été raconté qu’un de mes grands-oncles Platon l’a côtoyé dans un bar à Rochebelle alors que Lucien était déguisé et ne l’a pas reconnu. Plus tard, en rendant visite à sa maman il lui a dit : "si lui ne m’a pas reconnu, personne ne me reconnaîtra".
Néanmoins, ma maman Simone et ma tante Maryse ont très bien connu Lucien ; il était un peu comme leur grand frère, un garçon jovial et décidé. Ma mère m’a rapporté que Lucien Jalabert avait dit : "Si je suis pris, tant qu’il me restera un souffle de vie, j’essaierai de m’échapper …". C’est là que je rejoins ce qu’a dit Francis : on a retrouvé une de ses chaussures et c’est sur lui que les waffen SS ont dû tirer alors que martyrisé et très souffrant certainement, il tentait malgré tout de leur échapper… Un jeune homme de 23 ans a pu faire ça, combien d’entre nous en auraient-ils été ou en seraient-ils capables ?
Lorsque je vais au cimetière de Salindres où sa dépouille est ensevelie à côté de ses parents, j’ai toujours le regret de ne pas l’avoir connu.
Je dirai simplement qu’on ne parle pas assez de ces hommes et ces femmes qui ont sacrifié leurs vies pour nos libertés (et ce que nous en faisons actuellement …).
Salindrois, quand vous allez sur la tombe de votre famille, n’oubliez pas d’aller sur celle de Lucien et des autres jeunes qui ont contribué à nous sauver de l’oppression. Ils sont morts jeunes, pour nous, pour nos libertés, pour notre avenir.
Ne les oublions pas … ils n’ont pas eu la chance d’arriver à l’âge que j’ai actuellement et je ne sais pas, si à leur âge, j’aurais agi de même.
Ce que j’écris est un peu triste, mais je crois que nous ne pensons pas assez à tous ces jeunes morts pour nous.

Bernard

 
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